Dix choses à savoir au sujet des logements dans les réserves

le 02 juillet 2024

Les logements des Premières Nations et la myriade de problèmes qui s’y rattachent sont ce à quoi est confronté le Fonds pour les habitations du marché des Premières Nations au quotidien. Par conséquent, nous avons pensé qu’il serait le bon moment de discuter des causes des logements inadéquats, des obstacles à la résolution de ce problème ainsi que des solutions auxquelles ont recours les Premières Nations pour offrir des logements sécuritaires et durables dans les réserves.

1. Une population en plein essor contribue à accentuer une crise centenaire

Bien que le surpeuplement et un manque de logements dans les réserves soient de graves problèmes depuis un siècle, il a fallu exercer une grande pression sur le Canada pour qu’il reconnaisse la crise. Ce déficit a augmenté durant les décennies pendant lesquelles l’Assemblée des Premières Nations (APN), les organes de défense des droits de la personne ainsi que d’autres entités ont sonné l’alarme. Les Autochtones représentent la population qui connaît la croissance la plus rapide au Canada. Entre 2016 et 2021, par exemple, elle a augmenté de 9,4 %.

En 2011, l’APN estimait que le manque de logements dans les réserves s’élèverait à 85 000. Selon le Recensement de 2016, presque un quart des membres des Premières Nations vivant dans des réserves habitaient un logement où des réparations majeures étaient nécessaires. En outre, les membres inscrits ou ayant le statut d’Indien étaient trois fois plus surreprésentés que les personnes sans statut vivant dans les réserves, ce qui met en évidence le fait que la race est un facteur de marginalisation. En 2022, l’APN a évalué à 44 milliards de dollars la somme nécessaire pour combler le manque de logements dans les réserves.

2. Les logements mal construits dans les réserves sont le fruit de politiques fédérales

Dans les années 1950, le gouvernement fédéral a investi dans la construction de nouveaux logements, ignorant les réparations à effectuer dans les anciens. Tout au long des décennies suivantes, le gouvernement a expédié des matériaux et des plans d’édifice aux réserves inspirés des modèles populaires dans les régions urbaines du sud.

Les codes de construction et de sécurité relèvent du provincial, ce qui rend les réserves vulnérables au paiement de logements mal construits. Jusqu’à 2015, le manque de normes nationales en matière d’isolation dans les logements et d’efficacité énergétique a également contribué à la disparité entre les maisons construites dans les réserves et à l’extérieur de celles-ci.

Pendant les années 1900, le gouvernement a commencé à adopter de nombreuses stratégies nationales, mais celles-ci n’ont pas contribué à résoudre la crise du logement dans les réserves. La normalisation de modèles utilisés dans le sud qui ne répondent pas assez aux besoins environnementaux et culturels, et l’octroi d’un nombre de ressources insuffisantes pour que les Premières Nations puissent élaborer et imposer des codes de sécurité sont deux raisons pour lesquelles la dépendance du gouvernement fédéral à l’égard de la législation ne fonctionne pas pour les Premières Nations.

3. Le retrait des logements de la compétence des Premières Nations demeure une cause de surpeuplement des logements

Le fait de retirer les autorisations financières des communautés des Premières Nations et de leurs dirigeants est l’une des causes principales historiques et continues du surpeuplement des logements. La Loi sur les Indiens de 1867 portait principalement sur l’embauche des agents indiens non qualifiés chargés de superviser et de gérer les logements et les fonds dans les réserves. Ces agents ne s’intéressaient pas de façon considérable aux résultats socioéconomiques à long terme des communautés, n’étaient pas tenus responsables du bien-être de ces dernières et n’étaient pas encouragés à bien s’acquitter de leurs fonctions.

Aujourd’hui, les Premières Nations manquent d’autonomie lorsque vient le temps de réparer et de construire des logements, car elles reçoivent des enveloppes contenant des directives sur la façon dont l’argent sera utilisé. Bien que la construction de logements à but non lucratif puisse s’avérer une option, certains dirigeants affirment que ce type de construction est effectuée avec moins de soin et d’attention que celle à but lucratif. Il est parfois nécessaire de demander de l’aide pour embaucher des entrepreneurs locaux dans le but de réaliser des projets se déroulant dans les régions rurales, éloignées et nordiques, et la construction de logements financés par le gouvernement fédéral nécessite une accréditation supplémentaire. Les entrepreneurs dûment agréés provenant de l’extérieur de la communauté pourraient ne pas étendre leur devoir de vigilance à ces projets afin de consacrer davantage de temps à des projets lucratifs.

4. Les infrastructures représentent un défi supplémentaire pour répondre aux besoins en matière de logement dans les réserves éloignées

Les coûts supplémentaires liés à la construction et à l’entretien de logements dans les régions éloignées comprennent le recours à des entrepreneurs agréés de l’extérieur pour lesquels les vols et l’hébergement peuvent s’avérer répétés, l’approvisionnement en matériaux lourds et de grande taille et leur expédition, ainsi que le financement des infrastructures du logement et des services de première nécessité, tels que les fosses septiques et les réseaux d’alimentation en eau, les routes d’accès, l’électrification, la gestion des déchets et la protection contre l’incendie. Malgré le fait que ces produits et services de première nécessité fassent l’objet d’un sous-financement chronique à l’échelle fédérale, les Premières Nations vivant dans des réserves éloignées ne peuvent pas partager le coût des services avec les municipalités avoisinantes.

5. Une assurance habitation accessible doit être mise largement à la disposition des propriétaires vivant dans les réserves

Le manque d’accès à des prises d’eau d’incendie ou de services de lutte contre les incendies pourrait également être un facteur dans la recherche d’une assurance habitation, laquelle est déjà difficile à trouver pour les logements dans les réserves. En effet, il peut être ardu de produire une preuve de propriété foncière, d’autant plus que les options de couverture à disposition peuvent être limitées et coûteuses. L’Autorité financière des Premières Nations a entamé des démarches en vue de la création d’un programme d’assurance à but non lucratif géré par des Autochtones. Par ailleurs, en raison des catastrophes climatiques qui touchent de façon disproportionnée les propriétaires vivant dans les réserves, l’assurance habitation continuera d’être un facteur déterminant de la sécurité des communautés.

6. La formation excessive de moisissure est un risque pour la santé favorisé par le surpeuplement

Des recherches en santé menées en 2012 ont démontré que près de la moitié des logements dans les réserves au Canada contenaient des quantités de moisissure associées à des taux élevés de maladies respiratoires et autres chez les résidents. Étant donné que les taux de surpeuplement demeurent élevés et contribuent à l’excès d’humidité dans les logements, les moisissures continuent de représenter un risque alarmant pour la santé associé à un manque de logements abordables. Les insectes peuvent également se nourrir de moisissure, augmentant ainsi les risques d’infestation et de réactions connexes chez les humains.

Dans les pays où l’eau n’est pas potable, la nécessité de faire bouillir fréquemment celle-ci aux fins d’usage domestique crée un environnement riche en humidité qui permet à la moisissure de se développer et de proliférer.

7. Un logement approprié est essentiel pour favoriser une bonne santé à long terme et maintenir les familles unies

Les enfants des Premières Nations sont précieux pour les communautés; toutefois, ces derniers sont touchés de manière disproportionnée par les infections respiratoires. Ils sont également à risque élevé de souffrir de maladies pulmonaires à long terme après avoir contracté de graves infections. D’après une analyse de plusieurs études effectuées par l’Organisation mondiale de la santé, les données évaluées suggèrent que la probabilité que la diminution du surpeuplement réduise le risque de maladies respiratoires est de modérée à élevée, et le risque de tuberculose, quant à lui, élevée.

De manière générale, l’environnement d’un enfant a une grande incidence sur son développement. Le stress causé par le surpeuplement peut nuire à son apprentissage, et les conditions de détérioration associées à des logements surpeuplés peuvent avoir des répercussions sur son estime de soi. Les enfants vivant dans des logements inadéquats sont plus susceptibles de contracter des infections et de devoir faire face à des obstacles liés à la santé mentale. C’est pourquoi de meilleures conditions pourraient améliorer leur santé à long terme.

Le surpeuplement peut également entraîner de l’appréhension chez les services de protection de l’enfance, ce qui a une incidence profonde sur les familles et perpétue le préjudice causé aux personnes qui ont été envoyées dans les pensionnats pendant la rafle des années 60 et la rafle du millénaire.

8. Le fait d’encourager les aînés à demeurer dans la communauté offre des possibilités de remplir les logements

Les aînés sont essentiels au bien-être des communautés. Plusieurs d’entre eux ont vécu de mauvaises expériences lorsqu’ils ont été contraints par les systèmes coloniaux de quitter leur communauté. En dépit du fait qu’il soit essentiel de garder les aînés dans les parages, des soins de groupe adaptés à leurs besoins et à leurs capacités peuvent ne pas être offerts au sein de la communauté ou dans certains logements. Certains aînés ne sont pas en mesure d’entretenir leur logement ou vivent dans un espace plus grand que nécessaire, ce qui se traduit par la détérioration des logements existants et des occasions manquées de réaffecter les logements en fonction des besoins.

9. Les Premières Nations font preuve d’une grande ingéniosité à inventer et à intégrer de nouvelles technologies résidentielles

Qu’il s’agisse de son système de désenfumage ou de son solide système de résistance au vent dans les prairies, l’ingénierie du tipi est un excellent exemple de l’ancienne technologie autochtone. Des générations d’Autochtones ont utilisé les matériaux de leur région pour répondre aux besoins de la communauté et de l’environnement, tels que la portabilité, l’adaptation au climat et la vie en communauté.

À la fin du XIXe siècle, les Européens ont encouragé les populations autochtones à adapter leurs habitations traditionnelles afin qu’elles en fassent des maisons qu’ils jugeaient plus « civilisées ». Certaines d’entre elles ont adopté les nouvelles technologies de l’ouest, utilisant des inventions européennes telles que les fenêtres en verre et les charnières de porte, et bon nombre d’entre elles ont adapté les modèles européens aux logements multifamiliaux. Pour ce faire, elles ont supprimé les séparations entre les pièces et ont réduit le nombre de meubles de manière à ce que les grands rassemblements puissent toujours avoir lieu à l’intérieur.

Aujourd’hui, les communautés se réapproprient des logements durables et adaptés à la culture grâce à des projets et à des partenariats novateurs.

10. Les logements sont une représentation des relations que l’on entretient avec soi-même et avec la communauté

Les espaces de vie reflètent la manière dont les gens répondent à leurs besoins fondamentaux, trouvent le confort et interagissent. L’état d’un logement peut avoir de grandes répercussions sur l’estime de soi des gens ainsi que sur la façon dont ils s’expriment à leur sujet. Bien que les logements dans les réserves puissent sembler coloniaux ou délabrés de l’extérieur, ils débordent de vie et de richesse, en plus de receler une valeur inestimable. C’est pourquoi ils méritent d’être sûrs, sécurisés et durables.

Les membres des Premières Nations possèdent les compétences et les connaissances nécessaires pour adapter les logements aux besoins humains, environnementaux et culturels. Il est essentiel pour la santé et le bien-être des communautés de convenir de la façon de concrétiser cette vision et de se doter des ressources nécessaires pour financer, développer et construire ces logements, et réparer ceux qui en ont besoin.