Lorsque les agents principaux de programme (APP) Erika van der Grinten et Christopher Angeconeb installent un kiosque à des conférences et des événements, leur message aux membres des Premières Nations est simple. Les nations peuvent aider leurs membres à devenir propriétaires d’une maison dans leur propre nation, à laisser un héritage à leurs familles et à investir dans leur collectivité et leurs objectifs.
Comme il est indiqué dans les billets de blogue de 2024 et 2025 sur le pouvoir du réseautage et la façon dont la rencontre avec le Fonds peut aider les nations à atteindre leurs objectifs, le Fonds participe surtout à des conférences, à des symposiums et à des tables rondes sur l’habitation. Selon les APP, l’objectif principal est de rencontrer les nations et de déterminer comment elles peuvent soutenir leurs projets et leurs initiatives.
Au-delà du rôle professionnel, il y a souvent un membre des Premières Nations animé par ses propres rêves et visions de l’avenir. Lorsque la collaboration avec le Fonds prend une dimension humaine, Erika et Chris canalisent cette énergie pour la transformer en espoir et en moteur de progrès.
Un mélange équilibré de talents
Il est difficile de ne pas décrire la dynamique entre ces APP de l’Ouest qui travaillent au Fonds autrement que comme une relation de famille, presque comme un lien entre jumeaux. En prenant garde de ne pas tomber dans les clichés d’entreprise usés, force est de constater que lorsque le Fonds a eu l’occasion d’embaucher ces deux professionnels aux personnalités et aux parcours complémentaires, il n’a pas hésité à la saisir.
« Je crois vraiment que lorsqu’ils nous ont interviewés, ils ont vu la personne qu’ils cherchaient en Erika, et ils m’ont simplement ajouté à l’ensemble », devine Chris.
« Je pense que c’était l’inverse », répond Erika. « Je crois qu’ils te connaissaient, puis j’ai été mentionnée et ils se sont dit : “oh, nous pourrions aussi lui donner une chance”. »
Cela mis à part, il y a du respect et de la convivialité entre les deux APP. Ils semblent aimer passer du temps ensemble. Erika dit que Chris est l’« Anthony Bourdain » de leur voyage. « Il connaît un bon restaurant. »
Le parcours de Chris avant de travailler au Fonds
Erika a raison de dire que le Fonds connaissait Chris avant de l’embaucher. Il a été agent des règlements administratifs de la bande pendant deux ans et a travaillé pour le Conseil consultatif des terres (CCT) pendant huit ans. À partir de 2013, il a aidé à établir le Centre d’excellence en matière de biens immobiliers matrimoniaux (CEBIM) (en anglais seulement) au CCT.
Avocat de formation et membre du Barreau, Chris s’intéressait davantage au droit autochtone et à la façon dont il était appliqué aux Premières Nations partout au pays. « Tout au long de ma carrière, j’ai travaillé avec le gouvernement fédéral sur des questions très précises liées aux peuples autochtones », dit-il. Il a passé sa trentaine à parcourir le pays et se souvient d’avoir eu beaucoup de plaisir à rencontrer les communautés et à en apprendre sur leur situation. « Si vous devez travailler, faites-en quelque chose que vous ayez du plaisir à le faire, n’est-ce pas? »
La fascination de Chris pour l’incidence du droit autochtone sur la vie des Autochtones découle de son expérience personnelle. Un Ojibwé de la Première Nation de Lac Seul, il a passé ses étés dans la réserve de sa mère à Grassy Narrows et a grandi près de son territoire traditionnel à Red Lake, en Ontario. Sa famille a dû se déplacer du Lac Trout, son aire d’hivernage multigénérationnelle, lorsque la construction d’un barrage a inondé la terre. Le gouvernement fédéral a ensuite obligé Chris à fréquenter le pensionnat indien de Pelican Lake, à Sioux Lookout, où d’autres enfants du Traité no 3 et du Traité no 9 ont connu des conditions de vie terribles.
Christopher a pris grand plaisir à concevoir et à animer des ateliers sur les biens matrimoniaux jusqu’en 2018, jusqu’à ce qu’un ami de la Banque TD lui suggère de poser sa candidature pour un poste de directeur des services fiduciaires à Vancouver. Il a déménagé et travaillé avec sept nations clientes en Colombie-Britannique et au Yukon.
Ensuite, comme de nombreux employés du Fonds, il s’est joint à l’organisation après une conversation avec le PDG Travis Seymour. La perspective nationale de Chris, éclairée par le droit, son expérience intracommunautaire et son expérience vécue, l’a parfaitement préparé à relever ce nouveau défi.
Le parcours d’Erika avant de travailler au Fonds
Erika n’hésite pas à annoncer qu’elle est non autochtone et qu’elle fait confiance au destin. « Le fait que Chris et moi avons commencé à travailler à une semaine d’intervalle… je crois sincèrement que les choses finissent par bien tourner si on leur en laisse la chance. C’était tellement agréable d’être avec quelqu’un d’autre qui, d’une certaine manière, commençait son parcours en même temps que moi. Les étoiles se sont alignées. » Elle rit. « J’aime bien lui dire que j’ai une semaine d’ancienneté par rapport à lui. »
Alors que le Fonds cherchait à s’étendre à d’autres régions géographiques, en 2022, Erika était prête à céder son rôle de gestionnaire des terres. « La nation shíshálh a été la première nation autonome, de sorte que sa gouvernance est très semblable aux régimes fonciers de la Colombie-Britannique. Ce transfert avait donc beaucoup de sens. [Après la COVID-19], mon administrateur des terres était en mesure de faire tout ce que je pouvais et j’ai senti qu’il était temps pour moi de trouver un autre poste. » Lorsqu’elle est partie, une aînée lui a dit que son travail de réconciliation consistait à prendre tout ce qu’elle avait appris dans les banques et à « l’utiliser pour faire le bien plutôt que le mal ».
Le cheminement d’Erika vers le Fonds semble bel et bien avoir été prédestiné. La prise d’un congé sabbatique de son emploi dans une société de placement hypothécaire pour passer du temps avec son père pendant une maladie grave l’a amenée à réévaluer comment elle voulait vivre. Elle a trouvé la paix à laquelle elle aspirait lorsqu’elle a demandé d’être adjointe aux terres pour la nation shíshálh de la Sunshine Coast, où elle est restée six ans. « Travailler pour la nation a été une véritable bénédiction. J’ai vraiment beaucoup appris. C’était une belle transition après une expérience dans le monde bancaire, et cela offrait une tout autre perspective sur la façon de travailler et d’établir les priorités. »
Aujourd’hui, elle est honorée de collaborer avec de nombreuses nations en Colombie-Britannique, ainsi qu’avec certaines en Alberta et en Saskatchewan. Son point de vue interne sur les services bancaires, sa gratitude d’apprendre des Premières Nations et sa compréhension approfondie de la gestion des terres font d’elle une force puissante dans l’avancement des initiatives en matière de logement pour les Premières Nations.
Les habitations au prix du marché pour les Premières Nations favorisent l’autodétermination
Chris fait valoir un excellent point : lorsque le Fonds a été créé en 2008, il s’agissait d’une période importante pour l’avancement des Premières Nations. Lorsqu’il a vu les listes des collectivités qui se joignaient au FHMPN depuis son bureau du CCT, il a réfléchi à la façon dont l’élaboration de codes fonciers et l’amélioration des systèmes administratifs amélioraient la capacité globale. Les collectivités avaient maintenant la possibilité de télécharger ou d’obtenir des renseignements précis auprès d’organisations dirigées par les Premières Nations au sujet du logement des Premières Nations dans les réserves, ainsi que d’autres ressources permettant de créer de la richesse.
L’Autorité financière des Premières Nations (AFPN) a reçu la sanction royale en vertu de la Loi sur la gestion financière des Premières Nations (LGFPN) en 2005. Un plus grand nombre de nations adoptaient des solutions d’investissement du gouvernement, des services de planification des immobilisations et l’accès à des prêts à long terme assortis de taux d’intérêt préférentiels, le tout sous propriété et contrôle autochtones. Il s’agissait d’un pas vers la parité avec la façon dont les gouvernements empruntent, ce qui renforçait la capacité des nations à développer des économies plus fortes.
Pendant son enfance sur le territoire visé par le Traité no 3, la communauté de Chris parlait de l’importance des droits issus de traités, comme le logement. Être propriétaire d’une maison dans une réserve était une option stupéfiante. « Le fait de voir certaines des mêmes communautés représentées dans toutes ces différentes organisations prouvait que ces nations allaient très bien s’en sortir », a-t-il dit au sujet des listes de membres de ces Premières Nations. « J’ai pensé que le fonds pour les habitations du marché était en quelque sorte l’une des choses qui amélioreraient la vie des membres de la collectivité. »
« Je crois que la beauté du programme, c’est qu’il n’y a pas de modèle universel », explique Erika à propos de l’approche décoloniale du Fonds. « C’est le propriétaire ou la nation qui définit l’accession à la propriété. Nous pouvons donner à [une nation] des orientations et des modèles de ce qui a fonctionné ailleurs, mais il faut que cela fonctionne pour sa propre situation : sa culture, ses traditions, sa taille, sa proximité aux autres services. C’est un grand ensemble d’éléments qui doivent aller de pair pour permettre aux gens d’accéder à la propriété, peu importe leur situation. »
Chris considère que le travail d’un APP consiste à « jeter les bases qui permettront aux membres des nations de devenir propriétaires de leur propre maison, c’est-à-dire faire en sorte que la Première Nation fonctionne de manière à faciliter l’accès à la propriété pour les membres dans la collectivité ».
« L’idée de base, c’est d’offrir aux membres la possibilité d’accéder à la stabilité et à la fierté de la propriété, un peu comme ce qui existe hors réserve, mais de façon adaptée à leur réalité individuelle », reconnaît Erika. « Si vous avez une maison que vous avez construite, vous allez vous en occuper », ajoute Chris.
Des générations de propriétaires qui bâtissent leurs nations
Chris fait remarquer que, bien que les populations de nombreuses collectivités soient jeunes, les baby-boomers et les membres de la génération X pourraient vouloir revenir à la maison. « Ces gens sont dans la phase de leur vie où l’expérience parle : ils ont travaillé, ils ont vu beaucoup de choses et ils en savent beaucoup sur les autres communautés. »
Il souligne également que certaines personnes ont les moyens financiers de rentrer chez elles, et qu’il y a des incitatifs financiers pour le faire. « D’un point de vue financier pratique, il n’y a pas d’impôt à payer pour vivre dans une collectivité, n’est-ce pas? Vous n’avez pas la même obligation. »
Si vous avez une maison dans la réserve, Chris ajoute : « Vous pouvez la donner à vos enfants. Ils peuvent vivre dans la collectivité. Vous avez la possibilité de transmettre cela à l’intérieur de votre propre famille, de pouvoir dire : « C’est à vous; ceci se trouve sur vos terres dans ce pays que nous appelons le Canada. Les terres au-delà de la réserve ne sont peut-être pas toujours accueillantes, mais vous pouvez revenir à la maison en tout temps. » L’établissement de liens entre les enfants et les collectivités est également essentiel à la vitalité de la nation.
Les dépenses consacrées aux services dans les réserves et à l’entretien des maisons sont aussi une façon pour votre collectivité de soutenir sa nation et ses objectifs, explique Chris
Un logement pour tous
Au service des collectivités de la Colombie-Britannique, Erika et Chris voient la disponibilité des terres comme le pivot de l’accession à la propriété. « La superficie des terres de ces nations est bien moindre que dans les Prairies ou dans le reste du Canada, d’une certaine façon », déclare Chris.
« Un bon nombre des terres de réserve sont éloignées ou inaccessibles. Elles ne se prêtent donc pas vraiment à la résidence permanente », ajoute Erika. « Même dans les Prairies, les régions éloignées et d’autres régions du Canada, les gens aimeraient vivre chez eux, mais cela n’est tout simplement pas pratique pour avoir un emploi ou accéder aux services dont ils pourraient avoir besoin. Le [Fonds] cherche donc des moyens de faciliter la façon dont nous pouvons soutenir l’accession à la propriété ou aider les membres de notre communauté d’autres façons. »
Erika ne sait pas encore quelle forme cela prendra, mais elle est convaincue que les programmes du Fonds contiennent des outils précieux pour les nations, y compris hors réserve. « Même s’il ne s’agit pas d’une réserve urbaine, comment une nation peut-elle soutenir les membres d’une communauté pour qu’ils se sentent chez eux, peu importe où ils se trouvent? »
Semer l’espoir à travers le pays
Chris et Erika aiment se rendre à des événements où ils peuvent rencontrer des gestionnaires de logements et d’autres membres de l’écosystème du logement. Leur objectif est de semer l’espoir et d’établir des liens. Ils demandent souvent aux nations comment ils peuvent appuyer leurs programmes et leurs initiatives. Ils respectent le cheminement de chaque nation, soulignant que « les succès, les victoires comme les échecs sont le lot de tous ».
La Première Nation de Membertou, première nation à obtenir la certification ISO de l’Organisation internationale de normalisation (ISO) (en anglais seulement), est un exemple de collectivité qui a connu beaucoup de succès. Chris admire le fait que des emplois ont été créés pour les membres qui vivent dans la collectivité et voit les mêmes possibilités économiques dans les nations qui développent des terrains de golf et des casinos. « Tous ces investissements, toute cette croissance, toute cette planification et cette vision pour l’avenir, tout ça, c’est pour le bien-être des générations à venir », a déclaré le conseiller de la Première Nation de Westbank (en anglais seulement) c̓ris Jordan Coble (en anglais seulement). Plus de 12 000 non-membres vivent sur les terres autonomes de la Première Nation de Westbank, aux côtés de 914 membres de la bande.
Le plus grand défi des APP lorsqu’ils arrivent dans une nouvelle collectivité est de trouver leurs repères. « Nous faisons toujours face à l’inconnu. C’est toujours un défi », disent-ils en riant.
Ils valorisent leurs déplacements pour le contact humain, l’énergie, les possibilités qui s’ouvrent et le temps de prière. Ils aiment tous les deux échapper à l’isolement du travail à distance et profiter du territoire. Ils citent la beauté époustouflante des Prairies, qui donne le sentiment de sortir des sentiers battus.
Surtout, ils adorent voir les milieux où se concrétisera la vision pour les habitations du marché des Premières Nations.