Bien-être dans les collectivités des Premières Nations du Canada et habitations

29 août 2024

Des langues, des pratiques culturelles et des lois uniques ont permis aux collectivités des Premières Nations de prospérer pendant des milliers d’années. Les abris exprimaient les valeurs et les croyances communes d’une collectivité et les relations qu’entretenaient les peuples avec les terres et entre eux. Ils illustraient comment les collectivités récoltaient et préparaient leur nourriture et restaient au frais ou au chaud. Que la collectivité change d’habitation avec les saisons ou qu’elle occupe principalement des maisons sur une base permanente, les structures étaient adaptées au groupe qui partageait l’espace.

Les habitations dans les réserves des Premières Nations sont maintenant le reflet de l’adaptation à l’arrivée des technologies, des valeurs et des colons européens. Le déplacement des peuples de leurs territoires traditionnels et la perturbation des façons d’être et des rôles traditionnels des collectivités sont des éléments importants de cette histoire. La culture occidentale a imposé un système capitaliste en vertu duquel les revenus sont tirés des emplois et les maisons sont des marchandises qui peuvent être vendues pour s’enrichir.

Alors que les collectivités réagissent aux répercussions de la colonisation et s’efforcent de recouvrer leur souveraineté et leurs modes de vie axés sur les terres, cet article aborde les obstacles au bien-être associés aux habitations inappropriées au sein des collectivités des Premières Nations, et souligne le retour aux façons d’être des Premières Nations qui peuvent être soutenues par les habitations.

Surpeuplement

En 2019, la Rapporteuse spéciale sur le droit au logement convenable des Nations Unies a signalé que le quart des membres des Premières Nations dans les réserves vivaient dans des logements surpeuplés et que le taux de surpeuplement était environ sept fois supérieur à celui relevé à l’échelle nationale pour les populations non autochtones.

Il faut investir au moins 44 milliards de dollars dans le secteur des habitations pour répondre aux besoins de la population sans cesse croissante des Premières Nations dans les réserves. D’ici là, de multiples sources signalent que les habitations inappropriées auront une forte incidence sur les résultats en matière de santé des Premières Nations.

Déterminants sociaux de la santé

Les facteurs sociaux et économiques qui influencent la santé des personnes interagissent pour soit favoriser, soit entraver le bien-être des individus. Ces facteurs peuvent comprendre le revenu, l’éducation, l’emploi, la sécurité alimentaire, la santé et d’autres.

Les membres des Premières Nations appliquent leurs compétences et leurs forces pour surmonter plusieurs facteurs, lesquels peuvent s’accumuler et s’intensifier de manière à rendre le parcours plus compliquée. Par exemple, le surpeuplement peut faire en sorte qu’il soit difficile de bien dormir et nuire à la capacité d’écouter à l’école ou de se montrer alerte au travail. Il peut avoir une incidence sur la qualité et le niveau de l’enseignement reçu ou sur la capacité à conserver un emploi, ce qui se traduit par une diminution du revenu nécessaire pour épargner en vue de trouver une habitation comptant moins d’occupants.

L’âge, l’incapacité, le genre, l’orientation sexuelle, la race et d’autres différences peuvent également accentuer ces obstacles, que les membres des Premières Nations ressentent déjà de façon disproportionnée comparativement aux populations non autochtones au Canada.

Conditions de vie et santé mentale

Il est plus difficile de trouver de l’intimité, d’être en sécurité et de décider du moment auquel effectuer les tâches quotidiennes, de la façon de les réaliser et de l’endroit auquel s’attaquer dans une habitation surpeuplée. Les niveaux de stress et de dépression peuvent être plus élevés sans la liberté ni l’espace nécessaires pour travailler, jouer, dormir et faire des activités. Des conditions de logement inappropriées peuvent gravement nuire à l’estime de soi et à la dignité des personnes.

Dans un foyer, l’affection et l’attention qui y sont reçues sont absolument essentielpour la santé. Néanmoins, il peut être démoralisant de vivre dans une maison humide dont la peinture s’écaille constamment ou la moisissure se forme sans cesse. Comme la terre, nos maisons peuvent ressembler à un prolongement de nous-mêmes. Lorsqu’une maison a une apparence négligée, nous pouvons avoir l’impression de dégager la même chose, et les familles et les personnes des Premières Nations n’ont souvent pas beaucoup de contrôle sur ces situations.

Collectivité, terres et santé mentale

En 2021, on a noté que 62,5 % des membres inscrits des Premières Nations vivaient hors réserve. Cette situation est en partie attribuable à un manque de logements et d’emplois. Le fait d’établir des liens avec la terre et d’acquérir des connaissances de celle-ci peut être un facteur de guérison, et pour de nombreuses pratiques culturelles, l’accès à des lieux de récolte est nécessaire.

Sans une base permettant de pratiquer la culture et d’encourager un sentiment communautaire, la fraternité et l’établissement de liens sociaux, les membres de la collectivité peuvent ne pas être en contact avec la force et le soutien, lesquels sont indispensables.

Au sein d’une collectivité, chaque vie est liée à beaucoup d’autres et a une valeur inhérente. Comme le dit Phyllis Webstad dans son expression rendue populaire par le mouvement de la Journée du chandail orange, « chaque enfant compte ». Tous les membres de la collectivité ont le droit de connaître leur culture et méritent de se sentir valorisés. Les obstacles qui les empêchent de vivre dans des réserves peuvent nuire à leur santé mentale et à leur épanouissement personnel, ainsi qu’à ceux des générations futures.

Vie communautaire et transmission de la culture

Le concept de la famille nucléaire, dans le cadre duquel seuls les parents et leurs enfants habitent dans un logement, a orienté la conception des maisons préfabriquées qui sont aujourd’hui présentes dans de nombreuses réserves. Idée relativement nouvelle du XXe siècle, la maison unifamiliale ne témoigne pas des nombreuses croyances qu’entretiennent les peuples autochtones au sujet des liens de parenté élargie et de l’importance des aînés.

Aujourd’hui, les Premières Nations préconisent le retour à la vie dans des lieux multigénérationnels comptant de grands espaces communautaires intérieurs et extérieurs essentiels au renforcement des réseaux de soutien et à la transmission de la culture et des valeurs.

Le partage des tâches comme la garde d’enfants, la préparation des repas, l’entretien et les réparations peut réduire le travail et aider tout le monde à avoir le sentiment de contribuer. L’accès à un vaste réseau de soutien social, y compris les aînés, est particulièrement important pour les enfants et les jeunes. Il s’agit d’années cruciales pour renforcer la confiance dans le rôle qu’ils jouent au sein de la collectivité et leur permettre d’être fiers de pratiquer leur culture.

Santé

Les chercheurs se sont penchés sur le surpeuplement comme cause de l’augmentation des taux de maladies respiratoires chez les membres des Premières Nations. Surtout dans les maisons où l’on doit faire bouillir l’eau en raison de la contamination, l’humidité accrue cause de la moisissure et fait en sorte qu’ils sont plus vulnérables aux infections pulmonaires. Bien que la vie en communauté présente des avantages pour la santé, un contact étroit continu peut accroître la propagation de maladies.

Se cogner un orteil, inhaler de la fumée ou subir des brûlures à la suite d’un feu électrique sont des incidents qui peuvent se produire dans une habitation qui a besoin de réparations. Ces événements malheureux peuvent nuire à la capacité de faire des activités et avoir des répercussions de santé physiques et mentales à long terme.

Droits inhérents

Se loger est un besoin fondamental et le logement est un droit de l’homme fondamental. Lorsqu’une personne n’a pas les moyens ou la capacité de payer pour obtenir un logement ou de l’entretenir, la collectivité devrait avoir les ressources nécessaires pour la soutenir. Refuser un foyer à quelqu’un revient à nier son droit d’exister et sa dignité sur son territoire.

La capacité des Premières Nations à concevoir des logements qui répondent aux divers besoins des collectivités et des particuliers et qui conviennent aux matériaux utilisés est essentielle pour offrir des logements durables et convenables dans les réserves. Continuer à laisser une place aux aînés et aux jeunes dans la collectivité et à offrir des espaces de rassemblement permettront d’enrichir la vie communautaire et de servir d’outil d’autodétermination.

L’atteinte de l’équité dans un domaine des déterminants de la santé ne comblera pas les lacunes pour les membres des Premières Nations, à moins de résoudre la pénurie de logements et de répondre aux besoins de réparations et d’infrastructures. L’accès à un logement sécuritaire, abordable et convenable dans les réserves est nécessaire pour appuyer les efforts visant à améliorer tous les déterminants sociaux de la santé.

Pour en savoir plus

Apprenez-en plus sur les vastes répercussions du surpeuplement sur la santé, le besoin urgent de réparations, les défis sur le plan de l’infrastructure et les solutions ingénieuses en matière de logement pilotées par les Premières Nations dans le billet de juin du blogue du Fonds pour les habitations du marché des Premières Nations, intitulé Dix choses à savoir au sujet des logements dans les réserves.

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